Actuellement, Sam Karman tourne La Vérité, ou presque, un film produit par Agnès Jaoui, avec André Dussolier et Karin Viard. A l’occasion de son passage en France, sur le plateau du tournage, Stephen McCauley m’a gentiment accordé un entretien durant lequel nous avons évoqué son dernier roman et les adaptations de ses textes au cinéma. Silence, ça tourne !La métaphore entre le « boom » de l’immobilier et l’aspiration des personnages à changer de vie est la base de Sexe et dépendances.Ces dernières années, j’ai remarqué que beaucoup de mes amis parlaient d’immobilier avec la même passion et la même intensité qu’auparavant quand ils parlaient d’amour et de relations humaines. Il ma sembla que certaines personnes ont perdu leurs illusions sur l’amour, qu’ils considéraient comme
LA chose qui changerait leur vie et les rendrait meilleurs, ou plus accomplis, ou parfaits. Ils ont remplacé cette quête de l’amour par la quête de quelque chose de plus consistant et de plus concret : l’appartement parfait. Bien sûr, au final, même l’appartement parfait leur pose problème.
Vous avez situé l’action de votre roman peu après les événements du 11 septembre 2001. Est-ce là l’origine de l’insatisfaction de vos personnages ? Votre roman serait-il le même s’il n’y avait pas eu le 11 septembre ?Après le 11 septembre, toutes les personnes que je connais aux Etats-Unis ont eu le sentiment que quelque chose avait changé, mais personne ne savait vraiment dans quel sens. D’un côté, tous pensaient que tout était différent, mais leur vie quotidienne était toujours la même. Les événements du 11 septembre ont jeté une ombre sur les esprits, et dans une certaine mesure, sur la façon d’appréhender la vie dans toute sa fragilité et son incertitude. Je voulais rendre compte de cette complexité dans le roman.
Ainsi que vous le montrez très bien, que ce soit pour vendre son appartement ou pour rencontrer un partenaire, la petite annonce consiste à montrer ce que la marchandise sous son meilleur jour, biaisant ainsi la réalité. Comme William, pensez-vous qu’il est possible de rencontrer quelqu’un sur Internet avec qui on puisse vivre une vraie relation qui ne soit pas uniquement basée sur le sexe ?Je connais de nombreuses personnes qui ont rencontré leur compagnon, mari ou femme, sur Internet, et ils semblent très heureux. Alors oui, je pense que cela est possible. Mais, William, mon narrateur, passe son temps à ne chercher que des rencontres d’un soir qui ne le satisfont pas. Bien sûr, je ne trouve rien à redire sur ce genre de rencontres, qui sont parfois vraiment super. Mais William recherche quelque chose de plus, et dans son cas, il cherche au mauvais endroit.
Comme dans vos précédents romans, sous votre sens de l’observation pointe souvent l’ironie. Votre ironie est-elle un moyen de vous protéger d’une certaine forme de désenchantement? Comme William, prenez-vous des notes sur les gens que vous rencontrez ?
Dans ma propre vie, je suppose que l’ironie me sert à mettre de la distance entre moi et les choses, pour éviter d’être blessé. Je parle de mon propre travail, de mon écriture, avec ironie, ainsi je ne suis pas déçu ou blessé si les gens n’aiment pas ce que j’écris. Pour ce qui est des notes, je n’en prends pas souvent. En général, j’ai une très mauvaise mémoire, mais je n’ai aucun problème pour me souvenir en détail de ce que les gens ont dit, la façon dont ils étaient habillés, ou de leurs petites manies.
Considérez-vous le fait de créer des personnages gay dans vos romans comme un acte militant ? Ecrire un roman exempt de personnage gay vous paraît-il envisageable ?
Je pense que ma façon particulière d’envisager le monde et les gens est influencée par le fait que je suis gay. Ma façon de voir le monde est un peu en dehors du courant dominant. Je pense que c’est un avantage. J’aime me servir de ce point de vue différent, donc non, je n’ai aucun projet de roman dans lequel il n’y aurait pas de personnage gay. Mais s’il m’en prenait l’envie un jour, alors oui, je le ferai. Et je ne pense pas que cela soit un geste politique ou militant. C’est juste ma « voix » d’écrivain.
Cet été, vous avez passé quelques jours en France. Est-ce que Nice a beaucoup changé depuis votre dernier séjour là-bas ? Le mauvais temps mis à part, qu’avez-vous apprécié le plus à Paris ?Ce que j’ai vu de Nice, c’est la gare ! Et de là, je suis allé à Monaco pour une journée. J’aurais bien aimé ressentir de la nostalgie, de la mélancolie même, pour Nice où j’ai passé une année, quand j’étais étudiant. Mais j’ai surtout été gêné par les problèmes de circulation. J’ai deux amis à Paris. Ce que j’ai aimé le plus était de rouler à travers la ville sur leur scooter. Je sais que ça fait un peu cliché, mais j’ai vraiment aimé ça.
Il se tourne actuellement en France un film tiré de votre précédent roman, La Vérité ou Presque. Vous vous êtes rendu sur le tournage, qu’en avez-vous pensé ? Comparé au tournage de L’Objet de mon affection, y a-t-il beaucoup de différences entre la manière de filmer ici et à Hollywood ? Votre nouvelle expérience d’acteur vous a-t-elle plu ?Je suis très content du tournage de
La vérité ou Presque. Le scénario de Sam Karmann est assez différent du roman, mais c’est drôle et tout en finesse. Je suis allé une journée sur le tournage. Et j’ai fait de la figuration dans une scène de foule, alors je ne dirais pas que j’ai « joué ». J’étais assis, point final ! La grande différence avec
L’Objet de mon affection est que, dans le scénario de Sam, les personnages sont plus fouillés. Je pense que c’est souvent le cas dans les films français.
Etes-vous satisfait du film tiré de L’Objet de mon affection ? Vous sentez-vous trahi quand vous comparez votre roman au film ? Au contraire, y a-t-il certaines adaptations que vous auriez aimé avoir trouvé vous-même ?J’ai trouvé amusant qu’on fasse un film de mon premier roman. De plus, j’ai gagné pas mal d’argent et cela m’a permis d’acheter un appartement. Le roman existe toujours tel que je l’ai écrit. Et oui, il y a des choses que j’aimerais changer aujourd’hui, mais il est comme il est. Le film, c’est le travail d’autres personnes, pas le mien.
Sexe et dépendances est composé de très courts chapitres, comparables au découpage d’un film L’avez-vous écrit en ayant à l’esprit la perspective d’une adaptation cinématographique ?J’avais déjà fini le roman quand j’ai décidé de le structurer en courts chapitres. Ca n’a rien à voir avec la perspective d’un film ou l’idée d’un scénario. J’ai simplement trouvé l’idée intéressante, sûrement parce que depuis un moment j’ai du mal à me concentrer.