15 avril 2008

S'il ne se passe toujours rien ici...


...depuis quelques jours s'est engagé sur le blog de Magda, Ce que tu lis, un débat passionnant sur ce qui différencie/rapproche les blogueurs des journalistes littéraires et de la légitimité des uns par rapport aux autres à donner leur avis sur leurs lectures.

Sur l'air de Je t'aime, moi non plus, ça bouillonne d'arguments, ça foisonne de références, ça contredit, ça complète, ça "plussoit", ça développe, ça digresse, ça précise, chacun apportant sa pierre à l'édifice dans une ambiance forcément passionnée, mais toujours "fair play".
Bref, un véritable échange constructif et enthousiasmant, assez rare pour que je vous invite à y passer et déposer à votre tour, pourquoi pas, votre avis sur cette question ô combien "touchy"... et, finalement, si dérisoire.

P.S.: Magda, j'adore quand tu piques une colère !

Edit du 17 avril : la conversation se poursuit ici.

11 mars 2008

I.V.B.*

Surmenage passager, fatigue généralisée, lassitude réelle… je ne saurais dire exactement. Sans doute un peu de tout ça à la fois. Ce dont je suis sûr, c’est que ma charge de travail actuelle ne me permet pas de rédiger et de publier comme je le souhaiterais. C’est tout juste si j’ai le temps de faire le tour des blogs pendant ma pause du midi, le sandwich à la main. Et quand je rentre le soir, je n’ai qu’une envie : aller me coucher au plus vite.
Plus grave, après deux semaines sans bloguer, le manque ne se fait pas sentir. Il faut dire qu’un an et demi après la publication de mon premier billet, écrire m’est toujours aussi laborieux ; fouiller en moi, tâcher de mettre un nom sur les émotions qui m’ont traversé lors d’une lecture pour les retranscrire ensuite et les rendre intelligibles, me demande un véritable effort.
Jusqu’ici, cet effort trouvait sa compensation par ailleurs, mais depuis un temps déjà, j’ai l’impression de tourner en rond. Je n’arrive pas à me renouveler, je ne trouve pas le temps ni l’énergie qu’il faudrait consacrer à ce blog pour en faire ce que je voudrais vraiment, qu’il me satisfasse un minimum. Alors, j’arrête, je fais une pause. Dès que la tempête sera calmée au boulot et que j’aurai l’occasion de me poser, je ferai le bilan de tout ça, je mettrai tout à plat et je verrai alors si je suis en mesure d’atteindre mes modestes ambitions.
Cette interruption momentanée des programmes, dépendante de ma volonté, sera peut-être plus brève que je l’imagine, le manque se fera peut-être sentir plus tôt que je ne le pense. Il se peut aussi que le provisoire devienne permanent, je n’en sais honnêtement rien aujourd’hui. Après avoir retourné la question dans tous les sens depuis plusieurs jours, je m’aperçois en écrivant ce billet que prendre cette décision est finalement un soulagement, signe évident que ces derniers temps le plaisir s’était mué en contrainte.
D’autres avant moi ont été victimes de ce "coup de fatigue" et ont ressenti, eux aussi, le besoin de faire une pause. C’est peut-être un passage obligé de la condition de blogueur, qui sait ? Certain(e)s sont revenus, revigorés, leur plaisir de bloguer régénéré ; d’autres pas. J’ignore ce qu’il en sera pour moi.
Et parce que cette pause n’est justement pas une pose, et que mon but n’est pas de battre mon record personnel de messages pour un billet, je ferme les commentaires. A l’instant, je n’ai qu’une seule certitude : je continuerai à venir piocher des idées de lecture chez les uns et les autres. Je vous dis donc à bientôt… chez vous.

Merci à vous d’être passé par ici, merci aux auteurs de m’avoir accordé de leur temps.

* Interruption Volontaire de Blog

28 février 2008

Le soldat rose

Séville, 1630. Miguel de Erauso vient d’avoir quarante-six ans. Sentant le temps peser sur ses épaules, il décide d’écrire ses mémoires. «Ecrire pour moi et pour les ombres de celles et de ceux qui m’ont aimé et qui m’ont aidé tout au long de ma quête. (…) Mais j’écris aussi pour elle, ma cible et ma proie : Catalina de Erauso, ma tante et mon ennemie. (…) Catalina la fière, la colérique, la meurtrière… Catalina la fugitive. Créature singulière, énigmatique. Homme et femme. Duelliste et dévote. Personnage héroïque qui mit tout en œuvre pour créer sa propre légende. Elle appartenait à la race des conquérants sans foi ni loi, capables de changer le cours de l’Histoire à la pointe de l’épée. Catalina la Conquistadora.»
Dans l’Espagne du XVIIe siècle, Catalina est une légende vivante, connue à travers tout le pays comme la "nonne soldat". Ses mémoires sont devenus célèbres ; sa vie aventureuse fait même l’objet de plusieurs pièces de théâtre à succès. Il est vrai que le destin de la Monja Alférez, la nonne lieutenant, n’est pas banal : fille d’une famille noble du Pays Basque, elle s’enfuit du couvent à l’âge de quinze ans, à la suite d’une altercation avec l'une des supérieures. Pour ne pas être reconnue et devoir retourner au couvent, elle se coupe les cheveux et s’habille avec des vêtements masculins. Dès lors, elle se fera passer toute sa vie pour un homme, empruntant au gré de ses rencontres des identités différentes. «Mais la passion de la liberté qui l’avait poussée à s’échapper du couvent la poussait à nouveau sur la route, sans qu’elle eût une idée précise de son avenir ni qu’elle éprouvât une quelconque inquiétude. Cette liberté m’effrayait. Quel cœur était le sien ? Que cherchait-elle ?» Elle va mener ainsi une vie d’errance qui la conduira de l'Espagne au Nouveau Monde où ses faits d’armes lui vaudront d'être promue lieutenant dans l’armée espagnole et d’être récompensée par le roi Philippe IV.
Bien qu’elle soit sa tante, Miguel de Erauso ne partage ni l’enthousiasme ni l'admiration de ses contemporains pour la nonne soldat. D’un caractère impétueux, exacerbé par sa passion dévorante pour le jeu, Catalina s'est également rendue célèbre pour les duels à l’épée dont elle est toujours sortie victorieuse. C’est justement lors de l’un de ces fameux duels qu’elle aurait tué son frère, le père que Miguel n’a jamais connu. «Catalina de Erauso. Nonne et militaire. Meurtrière de son frère. Une Erauso devenue l’ennemie.» Depuis le décès de sa mère, morte d’épuisement à force d’avoir parcouru le monde à la recherche de l’assassin de son époux, Miguel n’a qu’une obsession : retrouver Catalina pour venger la mort de son père et honorer sa mère. A partir des Mémoires de Catalina et des témoignages de personnes qui l’ont connue, Miguel va entreprendre une course effrénée sur les traces de sa tante, de l’Espagne à l’Amérique du Sud, en passant par les Caraïbes. «A mon tour, je quittai Donostia, décidé à suivre pas à pas le chemin parcouru par la novice dissimulée sous les traits d’un jeune homme, tout chargé de cette bravoure insolente et unique de l’hidalgo.»
Roman épique et voyage initiatique, La Conquistadora est un récit d’aventure foisonnant mêlant à un rythme trépidant personnages baroques et flamboyants (brigands, pensionnaires de bordel, indiens du Nouveau Monde…) et rebondissements propres au genre. Mais chaque fois que Miguel est sur le point d'atteindre Catalina, celle-ci est déjà ailleurs, lancée dans une autre aventure. «Je compris que la force de travail et l’extraordinaire capacité d’apprentissage de Catalina étaient tout entières tournées vers un seul but : partir. Son existence, sa personne même paraissaient contenues dans cet acte.»
Mais, outre la qualité de la reconstitution historique et le style impeccable, ce qui fait la richesse de ce roman qui pourrait n’être qu’un gentil divertissement à l’image du Chirurgien Ambulant de Wolf Serno, c’est sa dimension psychologique. Chacune des personnes que Miguel va rencontrer au long de son périple lui donne un éclairage supplémentaire sur Catalina, personnage mystérieux s'il en est. Peu à peu, la haine qui motivait sa traque va se muer en un complexe sentiment de fascination/répulsion. Poursuivant néanmoins son objectif au seul motif de la parole donnée à sa mère mourante, Miguel est assailli par les doutes et ressent malgré lui de l'empathie pour cette femme rebelle et indépendante qui finalement lui ressemble en de bien des points. «Après plus de cinq ans passés à interroger les gens qui l’avaient rencontrée, à parcourir les territoires qu’elle avait parcourus, à mener la vie d’errance, de violence et de meurtre qu’elle avait menée – car j’avais tué, moi aussi -, j’éprouvais le sentiment de la connaître. Il me semblait pouvoir deviner ses pensées, ses réactions. J’étais prêt à l’affronter. Seule subsistait la question essentielle : Catalina était-elle encore vivante ?»
Une fois commencé, La Conquistadora ne se lâche plus, tant le lecteur, ballotté dans le sillage de Catalina, se demande si Miguel rencontrera ou non sa tante et quelle tournure prendra alors leur confrontation.
Le personnage de la nonne lieutenant est tellement extraordinaire que j’ai d'abord cru qu’il était tout droit sorti de l’imagination d’Eduardo Manet, inculte que je suis. C’est en découvrant la bibliographie citée par l’auteur à la fin du livre que j’ai appris que Catalina de Erauso a bel et bien existé.

Pascal, le Bibliomane, a également été emballé.

La Conquistadora, d’Eduardo Manet - Éditions Robert Laffont – 293 pages

27 février 2008

Giboulée de mars

Au courrier d'hier, j'ai reçu la nouvelle livraison des livres sélectionnés pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2008.
Super bon timing puisque je venais tout juste de terminer
Dérive, de François Vallejo (que j’avais choisi justement pour sa petite taille en prévision de l’arrivée imminente de cette nouvelle fournée).
Au menu du mois de mars :
La joueuse d’échecs de Bettina Heinrichs,
L’enfant de Noé d’Eric-Emmanuel Schmitt,
Terre des oublis de Duong Thu Huong.

A priori, encore une bonne pioche puisque je voulais depuis longtemps découvrir le médiatique (et controversé) Eric-Emmanuel Schmitt. Ce n’est pas avec L’enfant de Noé que j’avais l’intention de le faire, mais puisque l’occasion m’est donnée, je ne vais pas faire le difficile. Autre découverte qu’il va m’être donné de faire : Terre des oublis, de Duong Thu Huong dont avait parlé Jean-Philippe Blondel lors de l’interview qu’il m’avait accordée. La joueuse d’échecs de Bettina Heirichs sera la seule véritable inconnue de cette livraison.
Comme le mois dernier, histoire d’assurer mes arrières, je commence par le pavé. Le premier sur la liste sera donc Terre des oublis. Et hop, en selle !

25 février 2008

Armistead Maupin : "Je suis reconnaissant à mes personnages de l'existence qu’ils m’ont offerte"

Michel Tolliver est vivant. Après les États-Unis et le Royaume-Uni, Armistead Maupin viendra en France nous annoncer la bonne nouvelle en avril prochain. Mais avant sa venue, il a accepté de se prêter au jeu de l'interview et de répondre aux questions que je brulais de lui poser depuis que j'ai refermé Michael Tolliver lives.
Armistead Maupin, lui aussi, est bien vivant. Il travaille actuellement sur un prochain roman et un projet de comédie musicale tirée des Chroniques mis en musique par Jake Shears du groupe Scissor Sisters. Bref, il n'a jamais été aussi heureux et il le dit.

Quand le roman est paru aux Etats-Unis, vous avez déclaré dans vos interviews que Michael Tolliver est vivant n'était pas la suite des Chroniques de San Francisco. Etait-ce pure provocation de votre part ou un moyen de vous protéger d’éventuelles critiques ?
En fait, c’était une façon de préparer mes lecteurs car Michael Tolliver est vivant n’est pas comme le reste des Chroniques de San Francisco. C’est une narration à la première personne, contrairement à la trame habituelle où je fais intervenir plusieurs personnages, et je ne voulais pas que les gens s’attendent à retrouver ce format-là. Bien entendu, le roman est la continuité des Chroniques, comme pourra le confirmer toute personne qui le lira. J’ai simplement envisagé le récit sous un nouvel angle cette fois-ci.

Pourquoi avoir attendu dix-huit an savant de donner une suite à Bye bye Barbary Lane ? Qu’est-ce qui est à l’origine de ce besoin chez vous ?
Je voulais écrire sur cette génération de gays à laquelle j’appartiens, ces hommes qui longtemps ont été pratiquement invisibles, qui ont conduit une révolution puis ont du subir une virulente homophobie et vivre le cauchemar du Sida. Maintenant que nous sommes arrivés au seuil du troisième âge [ndlr : Maupin a 63 ans], nous nous retrouvons confrontés aux problèmes "ordinaires" liés à l’approche de la mort. Je voulais explorer ce que cela représente pour nous, que ce soit en termes d’amour et de sexe ou à propos de notre quête d’une famille. Pour ce faire, j’aurais pu créer un nouveau personnage mais il m’a paru plus logique de faire appel à Michael Tolliver, puisque de nombreuses personnes se souviennent de son histoire comme si c’était la leur.

Vous avez souvent dit qu’il y avait beaucoup de vous-même dans le personnage de Mary Ann, et bien sûr dans celui de Mouse. Dans ce nouveau tome, il semblerait que Michael ait pris le pas sur Mary Ann, non ?
N’en soyez pas si sûr ! Mon prochain roman s'intitule Mary Ann in Autumn.

J’imagine que de placer votre personnage principal dans une situation similaire à la vôtre et d’écrire le roman à la première personne vous a permis de vous exprimer plus librement et ainsi d’en dire plus sur vous que dans les volumes précédents. Etait-ce un besoin ?
Je parle toujours de moi ou tout du moins je tire parti de ma propre expérience. Même quand j’écris sur les lesbiennes ou les hétéros. En fait, c’est bien plus difficile quand le personnage me ressemble de trop près, parce que je dois lutter contre ma propre vanité et la tentation que j’aurais de le rendre héroïque. J’ai révélé beaucoup de moi-même dans Maybe the Moon, mon roman qui parlait d'une naine juive hétérosexuelle. Elle est tout mon opposé et, de ce fait, un parfait déguisement pour moi. C’était beaucoup plus simple alors de dévoiler mes failles et mes défauts les plus intimes.

Dans Michael Tolliver est vivant, une des préoccupations majeures de Mouse est la différence d’âge qui existe au sein de son couple. Pas tant parce que ces années de différence le gênent mais parce qu’il craint que son compagnon, plus jeune que lui, ne le quitte un jour et qu’il se retrouve alors seul jusqu’au jour de sa mort.
Nous avons tous nos peurs, n’est-ce pas, quelles qu’elles soient. La plupart d'entre elles viennent du fait que nous ne nous sentons pas dignes de l’amour qui nous est donné. Seule la personne qui nous est assortie nous fait sentir que nous méritons cet amour. En fin de compte, c’est aussi simple que ça. C’est ce qui m’arrive actuellement et je n’ai jamais été aussi heureux.

La famille est également un sujet important dans Michael Tolliver est vivant. Même si je pressens quelle sera votre réponse, pensez-vous que l’on doive donner sa préférence à sa famille biologique ou à sa famille de cœur ?
La réponse dépend des familles en question. Au final, je pense que nous allons là où se trouve l’amour sans condition.

A propos de famille, depuis le temps que vous vivez avec les locataires du 28, Barbary Lane, ils sont devenus un peu comme une famille pour vous aujourd’hui. Seulement, il arrive par moments que la famille nous porte sur les nerfs. Vos personnages vous pèsent-ils de temps en temps ?
Non. Pas le moins du monde. Je n’écris pas tout le temps, comme vous l’aurez remarqué, donc je ne me sens pas étouffé par mon travail ou mes personnages. Je n’ai jamais écrit quelque chose que je ne voulais pas écrire. Je leur suis simplement reconnaissant du savoir et de l'existence qu’ils m’ont donnés. Je serais fou de penser autrement.

Dans ce roman, les scènes de sexe m'ont semblé plus nombreuses et plus détaillées que dans les Chroniques de San Francisco. Vous êtes-vous senti plus libre de le faire aujourd'hui qu'au moment de l'écriture des Chroniques (soit à cause de la soit-disant évolution des mentalités ou de votre notoriété) ? Vous étiez-vous auto-censuré alors ?
Mes premiers livres sont d’abord parus dans un quotidien, je n’avais donc pas d’autre choix que de m’auto-censurer. Cela dit, je suis fier d’avoir participé à créer un climat qui m’a permis, ainsi qu’à d’autres, de vivre ma vie de gay plus ouvertement au fur et à mesure du temps. Je suis un vieux schnock maintenant, je me sens donc moins concerné par ce que les autres peuvent penser. Mon éditeur américain voulait que je retire les scènes les plus explicites de Michael Tolliver est vivant. Elle pensait que cela ferait fuir les lecteurs hétéros, spécialement les femmes. En fait, il s’est avéré que c’est tout le contraire qui s’est passé. La plupart des gens, au moins ceux qui ont lu le roman, ont apprécié de pouvoir voir comment baise l’autre moitié de la population. En outre, les scènes de sexe dans ce roman sont sensées révéler quelque chose d'autre, au-delà du simple sexe lui-même. Comment, par exemple, un couple homo qui s’aime négocie son premier "plan à trois". Ou bien ce qui passe dans l’esprit d’un gay quand il fait l’amour avec un homme qui auparavant était une femme. Les descriptions de l’acte sexuel sont de formidables occasions pour un auteur de faire preuve d’humour et de finesse.

Dans mon entourage personnel et professionnel, j’ai effectivement remarqué que, les gays exceptés, ce sont les filles hétéros qui sont vos plus grandes fans. Est-ce pareil dans les autres pays ?
Ceci est encore plus vrai en France que nulle part ailleurs. Quand elles viennent aux séances de dédicace, elles ont souvent de petits rires nerveux et des regards énamourés. Si j’étais hétéro, je coucherais non stop.


Comment se fait-il que les Français aient dû attendre quinze ans avant de pouvoir découvrir vos Chroniques ?
Il nous a fallu du temps avant de trouver un éditeur. Ce n’est pas facile pour les Américains de pénétrer le marché littéraire français. C’est pour cela que je suis particulièrement fier que mes romans aient été si largement plébiscités en France.

Quand vous écriviez les Chroniques de San Francisco, aviez vous le sentiment d'écrire une histoire universelle qui dépasserait la simple évocation des homos et de la société de San Francisco des années 1970 ?
Au fond de moi, je rêvais que cela puisse affecter mes lecteurs en ce sens, mais jamais je n'aurais imaginé jusqu’où cette histoire me conduirait.


Armistead Maupin ne connait pas encore toutes les étapes de sa prochaine tournée promotionnelle française. Les Editions de l'Olivier n'ont pas daigné me communiquer son programme.
Sachez tout de même qu'Armistead Maupin sera en dédicace le dimanche 6 avril, à 14h00, à la librairie Les mots à la bouche, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, à Paris.
Edit du 29/02 : Armistead Maupin sera également en signature au Furet du Nord de Lille le 08 avril.

A noter également : une longue interview, plus orientée sur sa vie de gay, dans le dernier numéro de Têtu (n°131, mars 2008).


Special thanks to Sara Bixler.

24 février 2008

Il arrive !


Armistead Maupin nous l'affirme : Michael Tolliver est vivant !
Et bien d'autres choses encore...
A venir bientôt.

23 février 2008

La littérature crève l'écran

Millénium (la trilogie), Extrêmement fort et incroyablement près, Suite française, Jonathan Strange & Mr Norrell, Mémoires d’Hadrien, L’alchimiste, Luna Park, Le livre de Joe, Ma chienne Tulip, American Darling, Un barrage contre le pacifique, Bilbo le Hobbit, Talk talk, Belle du seigneur…
Houlààààà, tout doux Bijou ! Ne vous emballez pas. Il ne s’agit pas de livres. Ce ne sont que quelques titres que j’ai relevés dans la liste des films qui devraient sortir d’ici deux ans. En fait, la liste des adaptations de romans qui vont littéralement inonder les grands écrans dans les prochains mois est bien plus longue que cette petite sélection à laquelle on pourrait également ajouter les prochains épisodes du Monde de Narnia, Harry Potter, Sin City… ou encore les remakes attendus de "classiques" comme Thérèse Raquin, Les trois mousquetaires, Farenheit 451, Les Hauts de Hurlevent, A l’est d’Eden ou 20 000 lieues sous les mers et David Copperfield.
Ce n’est pas une nouveauté, depuis sa naissance, le cinéma va chercher l’inspiration dans les livres. Les auteurs classiques (Dickens, Zola, Pagnol, Shakespeare, Hugo, Dumas…) et les auteurs à succès (Conan Doyle, Agatha Christie, Stephen King, Mary Higgins Clark…) sont des sources inépuisables, des valeurs sûres. Mais depuis quelques années, cette (fâcheuse ?) manie ne fait qu’empirer, au point qu’on pourrait se demander si les scénaristes manquent cruellement d’imagination ou si les producteurs frileux préfèrent assurer leurs arrières en misant leur argent sur des best-sellers qui ont déjà fait leurs preuves.
Il semblerait que cette tendance ne soit pas près de se calmer. Dans les repas de famille ou au boulot, on n’a pas fini de s’entendre répondre «Ah non, je ne l’ai pas lu, mais j’ai vu le film». Il n’y a qu’à jeter un œil au box-office : Podium, Un long dimanche de fiançailles, Les rivières pourpres, Un secret, 99 F, L’Heure zéro, Darling, Ensemble c’est tout, Pars vite reviens tard, Persépolis… en France ; Le diable s’habille en Prada, Le Parfum, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Paranoid Park, Gone, baby gone, Non ce pays n’est pas pour le vieil homme, Les cerfs-volants de Kaboul, Reviens-moi (Expiation), Into the wild, Le scaphandre et le papillon, Lust caution… à l’étranger.
Personnellement, j’hésite toujours à aller voir un film tiré d’un roman que j’ai lu. Par expérience, je sais d’avance que je vais ressortir déçu des projections (à quelques rares exceptions près, au nombre desquelles les fabuleuses adaptations de Forster par James Ivory). En revanche, il m’est souvent arrivé de lire le roman après avoir vu le film. Dans ce cas de figure, les bonnes surprises sont plus nombreuses.
Il faut noter qu’à cet emprunt croissant du cinéma à la littérature s’ajoute un nouveau phénomène : non contents de voir leurs œuvres adaptées au cinéma, les auteurs ont décidé de faire le travail eux-mêmes et troquent désormais leur stylo (ou leur souris) pour une caméra, pensant sans doute qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Ce qui reste encore à prouver. Les uns et les autres se sont frottés à la réalisation avec plus ou moins de bonheur. Paul Auster a été l’un de ces "pionniers". En France, Emmanuel Carrère avec Retour à Koltenitch puis La moustache et Yann Moix, avec Podium, ont ouvert la brèche dans laquelle d'autres se sont engouffrés ensuite, tels Eric-Emmanuel Schmitt (Odette Toulemonde), Bernard Werber (Nos amis les terriens), Philippe Claudel (Il y a longtemps que je t’aime) ou Michel Houellebecq (La possibilité d’une île). Marc Lévy prépare l'adaptation de Mes amis mes amours. Ces auteurs/réalisateurs sont d’ailleurs à distinguer d’autres, comme Christophe Honoré, Samuel Benchetrit ou Ilan Duran Cohen, qui poursuivent depuis plusieurs années deux carrières parallèles, dont les œuvres filmées sont différentes de leurs œuvres écrites.
Alors, le cinéma pilleur ou bienfaiteur de la littérature ? On peut tout de même espérer que tous ces films conduiront certains spectateurs vers les livres.

Edit du 26/02/2008 : Selon The Hollywood Reporter, Bret Easton Ellis fera ses premiers pas derrière la caméra en adaptant le livre Downers Grove, de Michael Hornburg (source : Métro du 25 février 2008). Encore un !

19 février 2008

Play it again Sam !

Sam Shepard.
Dans l’esprit des cinéphiles, le nom de cet acteur reste indissociable de
L’étoffe des héros, de Philip Kaufman ou de Paris, Texas de Wim Wenders, films phares des années 1980 dans lesquels il impressionnait la pellicule de sa dégaine de Marlboro Man élégant.
Ce que l’on sait moins en général, c’est qu'on lui doit les scénarios de films célèbres comme, entre autres, Zabriskie Point, réalisé par Michelangelo Antonioni, Paris, Texas de Wenders ou également Fool for love, réalisé par Robert Altman. Mais, ses multiples talents ne s'arrêtent pas là : il est également l’auteur de nombreuses pièces de théâtre à succès (dont l’une, Buried Child, a obtenu le prix Pulitzer en 1979, rien de moins) et de plusieurs recueils de nouvelles.

Balades au Paradis est l’un de ces recueils. Paru en 1997, il rassemble quarante nouvelles, de longueur inégale. Certaines ne font qu’une à deux pages, comme De toi je ne suis jamais à distance, Répète ou Bagages, tandis que d’autres comme Le retour de Spencer Tracy, Papantla ou De nulle part avoisinent les 20/30 pages. Certaines même, se complètent pour former un récit plus conséquent. C’est le cas notamment des trois nouvelles Un hommage à Céline, Gary Cooper ou le paysage ? et Le retour de Spencer Tracy.
A la lecture, on devine que nombre des textes de Balades au paradis plongent leurs racines dans un terreau autobiographique : souvenirs d’enfance et de famille dans Entre hommes et Un petit cercle d’amis, par exemple. Cette base autobiographique est plus évidente quand, dans plusieurs textes réunis à la fin du recueil, Shepard fait appel aux souvenirs d’un tournage épique au Mexique auquel il a participé dans les années 1990.
Le monde de Shepard est celui de l’Amérique ouvrière, que l’on pourrait qualifier hâtivement de "profonde", la terre des immenses étendues sauvages de l’Ouest comme dans Nuevo Mundo qui raconte la fascination d’un jeune cow-boy solitaire pour les grands espaces de l'Ouest américain ou encore Lointaine Lillie, qui fait revivre le shérif Roy Bean et la comédienne Lillie Langtry.
Chacune des quarante nouvelles saisit les personnages, des petites gens, simples et ordinaires, à un moment donné de leur existence. Par petites touches subtiles et une économie de mots qui le conduit directement à l’essentiel des sentiments, Sam Shepard dit leurs espoirs, leurs rêves, leurs désillusions et leur amertume. Car souvent, le paradis de Sam Shepard a des relents d’enfer.

Balades au paradis, de Sam Shepard - Traduction : Bernard Cohen - Pavillons Poche - 339 pages

14 février 2008

Les feux de l’amour 2

Hasard du calendrier, en ce jour de Saint-Valentin, fête commerciale des amoureux, je viens de terminer Des amants de Daniel Arsand.
Bien que très différent dans son style, ce roman présente certaines similitudes avec l’Homme accidentel de Philippe Besson que j’ai lu il y a peu. Dans les deux cas, il s’agit de deux hommes de milieux sociaux différents, qui n'étaient pas faits pour se rencontrer, ici un berger de quinze ans et un jeune noble, mais qu’un événement accidentel met en présence l’un de l’autre. Comme les personnages du roman de Besson, la passion de Sébastien et Balthazar va les isoler du monde extérieur et de la société pour finir par les conduire à leur perte. Si Un homme accidentel se passe dans le Los Angeles des années 1980 et Des amants dans la France de 1749, les deux romans plaident la liberté d’aimer et le droit à l’indifférence.

Sébastien Faure gardait son troupeau quand le cheval de Balthazar de Créon arrivant au grand galop désarçonne son cavalier, qui reste à terre, inanimé. Grâce à ses connaissances en herboristerie, Sébastien réanime Balthazar à l’aide d’une «pluie miraculeuse» de plantes broyées. «Et lorsque l'homme s'appuie un instant contre son épaule, il murmure : "Je suis à vous".»
Quelques temps plus tard, Balthazar revient chercher Sébastien pour l’emmener avec lui à Roanne, au château de Créon, parfaire son éducation et en faire le médecin du roi. «Tu seras mon élève, tu seras mon maître, tu acquerras la gloire, tu me seras fidèle, tu m'abandonneras, tu me reviendras toujours.» La mère de Balthazar, Anne de Créon, voit arriver d’un mauvais œil cet étranger sous son toit, d’autant que tout à sa nouvelle passion, Balthazar déserte la cour de Versailles et reste sourd aux requêtes du roi qui le fait mander. A la Cour, les rumeurs ne tardent pas à circuler, où se mêlent à l’envi les accusations pour sodomie, alchimie et sorcellerie. Pendant ce temps, Sébastien, après avoir appris à lire et à écrire, s’adonne à la peinture et s’émancipe peu à peu de Balthazar, multipliant les infidélités. «Beaucoup de honte, mais une certaine exaltation à découvrir que son amour pour Balthazar reste inentamé. Cet amour ne subira aucune altération, il lui est respiration nécessaire, stabilité, joie.
Et Balthazar qui toujours pardonne, et Balthazar qui accepte, et Balthazar qui le berce, et la présence de Balthazar à ses côtés qui le mène aux sommeils et aux rêves. Merci.»
Inquiète pour l’avenir de son fils chéri, Anne de Créon décide d’aller à Versailles faire taire les mauvaises langues et plaider la cause de Balthazar auprès du roi. En vain. Balthazar est arrêté, jugé et condamné au bûcher. Mise au ban de la Cour, Anne de Créon, folle de douleur et de chagrin, est obligée de se retirer dans un couvent. Sébastien décide de partir sur les routes de France, et trouvera refuge comme jardinier auprès d’une nouvelle bienfaitrice.

En cent courts tableaux (certains n’excèdent pas quelques lignes), Daniel Arsand dépeint une passion amoureuse universelle, où l’amour, même s’il fait souffrir, est plus fort que la mort.
«Il y a eu un matin où la vue des roses l’a transporté de joie. Et c’est ce matin-là qu’il a su que Balthazar perdait en lui de sa réalité. L’univers exista de nouveau. Et que c’était bon.
Il ne s’est pas révolté contre l’effacement de Balthazar. S’en est juste un peu étonné, puis a accepté cette joie qui l’envahissait, une joie très ancienne et comme neuve soudain, bruissante et solaire. Oui, c’était bon. Et la paix a pénétré en lui.»
«Nous sommes encore un, toi, Balthazar de Créon, et moi. J’ai cru que tu m’avais quitté, abandonné, choisis le mot qui te convient, mon amour, j’ai cru que je m’étais détourné de toi, j’ai cru à ce qui ne pouvait être.»
Malheureusement, excepté quelques rares moments, je n’ai pas réussi à être ému par ces Amants. Peut-être le lyrisme et la poésie du style très travaillé de Daniel Arsand y sont-ils pour quelque chose.

Des amants, de Daniel Arsand – Stock - 174 pages

13 février 2008

Pour la galerie

Le premier anniversaire est un jalon important dans la vie d’un blog, l’occasion, souvent, de faire un bilan et d’emprunter de nouveaux chemins.
En un an de vie,
Litteratura a déjà bien évolué : nouveau thème, nouveau ton, nouvelle présentation…
Néanmoins, Brigitte, son animatrice, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Pour sa seconde année de vie, Litteratura se lance dans l’aventure du photoblog littéraire.

Photoblog littéraire, kesako me direz-vous ? Dans son photoblog, Brigitte propose aux passionnés de lecture et/ou de photographie de partager, en image, un ouvrage coup de cœur mis en scène, accompagné d’une très courte critique et d’un lien vers leur blog.

Alors, si vous vous sentez l’âme artistique ou tout simplement si vous brûlez de partager votre roman fétiche avec le plus grand nombre, à vos appareils ! Adeptes du numérique ou défenseurs de l’argentique, romantiques invétérés ou aventuriers impétueux, laissez parler votre imagination, votre cœur, vos tripes et envoyez vos créations à Brigitte, à cette adresse électronique.

P.S.: j'ai repris ici la photo qui illustre l'annonce de Brigitte. Elle résume parfaitement, à mon sens, le concept de son Photoblog littéraire.

10 février 2008

Vétilles, broutilles et autres billevesées

Si j’étais mégalo, je prendrais ça pour un véritable plébiscite, j’en conclurais que ma cote de popularité est en pleine ascension. Comme je suis plus réaliste, j’en conclus tout simplement qu’il ne restait plus grand monde à taguer dans le coin.
J’ai eu beau me faire tout petit, ne pas réagir aux billets publiés ça et là ces derniers jours, ça m’est quand même tombé dessus, et plutôt sept fois qu’une ! Kathel, Amanda, Tamara, Eugénie, Frisette, Valériane, et Nanou m’ont chacune leur tour refilé le bébé, à savoir révéler six choses sans importance sur ma petite personne. Il me semblait pourtant vous avoir déjà dévoilé un nombre faramineux de calembredaines sur mon compte ici, , re-là ou encore là.
Puisque la Ligue des lectrices extraordinaires le réclame à corps et à cris, je vais apporter mon maillon à la chaîne des petits riens qui circule sur la blogosphère et me plier à la demande, à savoir :
Ecrire le lien de la personne qui nous a tagué
Préciser le règlement sur son blog
Mentionner six choses sans importance sur soi
Taguer six autres personnes en mettant leur lien
Prévenir ces personnes sur leur blog respectif

Ceci fait, voici donc six nouvelles armes de destruction massive... pour mon image qui va encore en prendre un coup :
1- Les fêtes foraines, foires à Neu-neu, cirques et clowns en tout genre me filent le bourdon et la chaire de poule. Petit, déjà, l’ambiance qui règne dans ces endroits me mettait mal à l’aise.

2- Quand j’ai reçu mon i-Pomme, il y a trois ans, j’y ai importé quelques albums… et rien d’autre depuis. Bien sûr que j’en ai assez d’écouter les mêmes chansons depuis trois ans, chaque jour dans les transports en commun, seulement je ne trouve jamais le temps d’importer de nouveaux morceaux. Quand je me décide à le faire et que je mets le nez dans mes fichiers mp3, je me retrouve à les classer tous, tâche titanesque qui me demande un temps colossal et que j’abandonne régulièrement avant d’en avoir fini… et d’avoir importé quoi que ce soit de neuf dans ma Pomme qui n'est même pas à demi-pleine. Vivement la retraite !

3- Je ne supporte pas les gens qui se coupent les ongles dans les transports en commun et laissent valser leurs rognures d’ongles indifférents à leurs voisins (si, si, il y en a, et j'ai même vu pire, mais je vous épargnerai le tableau).

4- A la maison, chez des amis ou au restaurant, il m’est impossible de laisser de la nourriture dans mon assiette. Que je sois repu ou non, que la cuisine soit bonne ou non, n’y change rien. C’est juste une question de respect de la nourriture et de la personne qui a préparé le repas.

5- Quand je vais à l’étranger, j’aimerais chaque fois savoir parler la langue du pays où je me trouve. Pas uniquement pour pouvoir mieux communiquer mais surtout parce qu’à travers la langue on saisit le mode de pensée de ses locuteurs, et qu’ainsi on appréhende mieux leur culture, on évite les préjugés et les fausses interprétations.

6- Quand je me retrouve parmi des personnes que je ne connais pas ou peu, je sue sang et eau pour savoir quoi dire ou quoi faire pour engager la conversation. Lors de soirées, je finis à coup sûr par me retrouver dans un coin de la salle à observer tout ce petit monde, quand, dans certains cas extrêmes, je ne suis pas obligé de quitter la salle pour devoir prendre l’air et laisser passer mes crises d’angoisse.


On avait dit "insignifiantes", eh bien vous voilà servies les filles !
Un contrôle rapide de ma blogoliste me confirme que tout le monde a déjà été tagué. Si par inadvertance j'en ai oublié un(e) et qu'il/elle meurt d'envie de nous faire connaître si choses insignifiantes à son sujet, l'invitation tient toujours.

08 février 2008

La mort n’est rien / Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté… (Charles Péguy)

Une promesse, c’est l’histoire de gens simples, de petits riens : une horloge suisse, une grille de mots croisés, un timbre rouge, un bougeoir en forme de chat assis, une toile cirée aux coquelicots.
C’est avant tout une histoire d’amour et d’amitié. L’amour indéfectible d’Etienne et Fauvette, le vieux couple de Ker Ael, la villa située à l’entrée de ce petit bourg de Mayenne. «Elle a raison. Il le sait. Ils doivent s’enlacer fort, se tenir par les yeux, se protéger, ils doivent ne jamais se quitter du cœur.» «Il a regardé sa Fauvette, elle a regardé son vieil homme. Ni l’un ni l’autre n’ont pu tendre la main. Ils se sont pris des yeux, longtemps, sans ciller, sans rien voir que le pâle de l’autre, tellement, qu’une larme s’est faufilée et chez elle et chez lui. Une larme qui a coulé sur leurs deux peaux qui n’en faisaient plus qu’une.» L’amitié fraternelle de sept amis qui, chacun leur tour, depuis dix mois, vont se rendent chaque jour à Ker Ael. «Paradis du lundi, qui ouvrait les portes et remontait la petite horloge suisse. Léo du mardi, qui faisait sonner la cloche pour leur dire sa visite. Berthevin du mercredi, celui qui allumait et éteignait les lampes dans la maison. Madeleine du jeudi, qui dressait la table du souper, qui disposait les fleurs, qui laissait couler l’eau dans les éviers et chassait la poussière. Ivan du samedi, qui tirait les rideaux, qui ouvrait les fenêtres, les volets, qui a fait rentrer la lumière d’automne, puis la lumière d’hiver, puis celle du printemps, puis le soleil d’été. Jeune Blancheterre du dimanche, qui ouvrait les livres, qui lisait à voix belle, qui ramassait dans la remise les traces laissées par ses effraies.»
Après leur passage chez Etienne et Fauvette, tous se rendent au café de Lucien, dit le Bosco, le jeune frère d’Etienne, pour faire leur rapport et partager le "verre de la promesse". «Lucien Pradon n’a jamais été bosco. Il ne l’a jamais prétendu. Il a seulement voulu prendre pied sur un pont marin. Il a voulu sentir les vagues, les déferlantes. Il a voulu plonger les bras dans le poisson de son père, tenir un couteau de gabier, pisser la mer accroché à un bout, l’insulter, la traiter de crevure, pleurer le sel, s’ouvrir les mains en blessures et en cals, passer par-dessus bord, mourir à l’eau, se perdre de creux en creux jusqu’à se laisser faire. Il a voulu, et puis il est redescendu. Il a eu froid de lui, peur de la grande solitude.» Pourtant, les sept amis commencent à ressentir une certaine lassitude. N’est-il pas enfin temps pour le Bosco d’accepter l’absence d’Etienne et Fauvette, et de laisser la lampe du grenier capturer enfin leur âme ? Bien que leurs visites hebdomadaires à Ker Ael deviennent de plus en plus pesantes, par égard pour le Bosco, ils hésitent à briser leur promesse.
Voilà un bien joli roman dont l’humanité et la poésie m’ont touché, quand bien même on voit rapidement là où il va nous mener. Peu importe, l’essentiel n’est pas de deviner que cache exactement cette promesse (même si la promesse dont il est question dans le titre n’est pas celle que l’on croit). Toute la force d’Une promesse tient dans la révélation progressive du parcours de ces dix personnes d’un même village, de ce qui les relie chacune à Etienne et Fauvette, et ce pourquoi, tous, ont accepté de remplir leur promesse, comme un hommage rendu à ce couple d’anciens.
Il y a dans ce livre de beaux passages sur l’enfance, notamment sur les séances de lecture à la bibliothèque municipale du village.
«Ils s’asseyaient par terre et Etienne ouvrait pour eux le secret de ses pages. Il lisait. Il lisait doucement pour capturer leur attention, puis leurs yeux, puis leur silence. Il lisait dix pages, jamais plus. Il lisait en mettant le ton. Il chaloupait l’océan, il soufflait le vent, il ricanait le chacal, il croassait le corbeau. Lorsqu’un coup de feu éclatait, ils sursautaient à la force du bruit.» Le monde de l'enfance trouve son prolongement dans la pointe de fantastique apportée par la lampe du grenier, «veilleuse des âmes qui garde les hommes en vie un jour et une nuit après leur mort», donnant au récit des allures de légende bretonne qui ajoutent à son charme.
Au rythme de la petite pendule suisse de Fauvette, Une promesse traite subtilement de l’absence et de l’oubli, du déni de la mort et du deuil. Combien de temps peut-on s’entêter à refuser d’accepter le départ d’êtres chers, à faire comme s’ils étaient toujours parmi nous ? Retarder le moment du deuil ne rend-il pas finalement l’absence des disparus plus douloureuse encore ? Malgré leur défection, les amis du Bosco vont lui prouver que deuil ne signifie pas nécessairement oubli, puisque Etienne et Fauvette restent à jamais vivants dans leurs souvenirs. «"Ainsi aurons-nous vécu plus longtemps que la mort" dit Etienne à sa femme Fauvette».
Une promesse a reçu le Prix Médicis 2006.

Anjelica, Clarabel et Lau(renceV) ont également partagé cette promesse.


Au-delà du cercueil de l’âme me restera,
Et pour vous me consoler le ciel me donnera
La place de votre bon ange.
Conservez avec soin tout ce que j’ai chéri ;
Gardez mes vers, mes fleurs, mon oiseau favori,
Je serais là, que rien ne change !
(Hyppolyte Violeau)



Une promesse, de Sorj Chalandon – Le Livre de Poche – 217 pages

04 février 2008

Les aventures d'un médecin de campagne

Espagne. XVIe siècle. Au monastère de Campodios, l’abbé Hardinus se meurt. Profitant de son dernier souffle, il fait venir à son chevet Vitus, un jeune oblat de vingt ans qu’il considère comme son fils. Hardinus révèle à Vitus qu’il a été découvert abandonné aux portes du monastère alors qu’il n’était âgé que de quelques jours seulement. Le seul indice qui pourrait le conduire sur les traces de sa famille est le tissu damassé qui lui servait de lange, sur lequel sont brodées des armoiries. Après analyse des symboles, il semblerait que ces armoiries soient d’origine anglaise.
Armé de ses seules connaissances en médecine et en chirurgie, Vitus quitte le monastère pour se rendre en Angleterre. Mais avant de gagner le port de Santander d’où il doit embarquer pour rejoindre les côtes anglaises, il doit traverser l’Espagne. Et en ces temps troubles de l’Inquisition, les routes ne sont pas sûres et les embûches nombreuses.
Je l’ai déjà dit ici, j’avais été un peu paniqué quand j’ai découvert Le chirurgien ambulant dans la sélection de février pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche. Chirurgie, médecine, Renaissance espagnole, le tout sur plus de 760 pages, il y avait de quoi impressionner le petit joueur que je suis. Persuadé de devoir suer sang et eau pour arriver jusqu’à la dernière page, j’ai donc décidé de commencer mon travail de juré par ce pavé.
Comme je m’étais trompé. Le chirurgien ambulant n’a rien d’un livre austère et savant. Dans notre entretien, Brice Depasse disait qu’il en était des livres comme des films : il y a la littérature d’auteur et à la littérature de pur divertissement. Avec Le chirurgien ambulant de Wolf Serno, on est clairement dans le second cas de figure. Un jeune orphelin à la recherche de ses origines débrouillard et charismatique, de fidèles compagnons de voyage, des personnages secondaires (religieux, saltimbanques, Tziganes, nain bossu, charlatans, corsaires) hauts en couleur. Action, corruption, complots, trahison, romance. Tous les ingrédients des récits d’aventure sont réunis. Pour ajouter au dépaysement, Serno a choisi de planter son histoire au Moyen-âge, en Espagne.
J’ai retrouvé dans ce roman l’esprit des films de cape et d’épée des années 1950/60, comme Le Bossu ou Le capitan (je ne suis pas sûr que ça "parle" aux plus jeunes), même si le contexte historique était différent. Ca fourmille de rebondissements, de coïncidences heureuses et de bons sentiments. Il est souvent moins une, il s’en faut souvent d’un cheveu, mais le valeureux héro s’en sort toujours à temps. Sa générosité lui vaut souvent de se faire des amis de ses ennemis. Je me suis parfois pris à croire d’un nouveau personnage qu’il pouvait jouer un double jeu. Chaque fois, mes attentes (perverses ?) ont été déçues : les méchants sont méchants et les gentils gentils. Si gentils que ça frise le politiquement correct, notion pourtant anachronique pour l’époque. Je ne suis pas certain qu’au Moyen-âge un jeune élevé pendant vingt ans au monastère dans la foi catholique se soit montré si tolérant et ouvert envers les "étrangers" qu'étaient à ses yeux juifs, tziganes et homosexuels.
En outre, j'ai eu également l'impression de m'instruire en s'amusant. J'en ai appris sur la médecine, les sciences et la marine du moyen-âge. On sent que Serno s'est documenté sur le sujet. Maheureusement, sa façon de les transmettre au lecteur n'est pas très subtile : il place de grandes tirades dans la bouche de ses personnages, ce qui donne trop souvent un côté scolaire et artificiel à ces parties de dialogues, qui sont pourtant, en général, plutôt bien enlevés.
Mais qu’importe, on marche à plein. On moisit dans les geôles de l’Inquisition, on tremble devant les bûchers où périssent les "hérétiques", on sourit aux boniments des arracheurs de dents, on s’extasie devant les numéros des forains ambulants, on tangue dans les galions pris dans la tempête, on se meurt d’amour pour les yeux de la belle et on se lance à l’abordage des navires ennemis.
Au final, s'il ne va pas me laisser un souvenir impérissable, ce Chirurgien ambulant m'a permis sans conteste de passer un moment agréable. Très visuel et très dialogué, ce roman est un film d'aventure sur papier. D'ailleurs, il en utilise même les codes "marketing" puisque le roman s'achève sur un nouveau mystère dont on se doute par avance, qu'il fera l'objet d'un second tome. Intuition qui se révèle rapidement exacte puisque la version du Livre de Poche offre en "bonus" les quinze premières pages du prologue du Chirurgien de Campodios qui devrait sortir sous peu.

L'avis de Lau(renceV)

Le Chirurgien ambulant, de Wolf Serno - Traduction : Isabelle Hausser - Le Livre de Poche – 795 pages

31 janvier 2008

Les feux de l'amour

«Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer. Qu’on me comprenne : je ne regrette pas notre rencontre, c’est même très exactement l’inverse. Ce que je veux dire, c’est : nous étions programmés pour ne jamais nous rencontrer. Nos mondes étaient sans intersection. Tout nous séparait. Tout nous maintenait à distance. Seul un accident extravagant était susceptible de nous mettre en présence. La mort violente de Billy Greenfield a été un sacré accident.»

Los Angeles, années 1980. Le narrateur est un jeune flic à la vie bien rangée. Côté boulot, les quartiers chics de la ville où il officie sont plongés dans une molle torpeur tandis que les banlieues alentours s'embrasent sur fond de conflits raciaux. Sa vie privée est tout autant exempte de la moindre agitation : heureux en couple, sa jeune épouse enceinte ne devrait pas tarder à lui donner un enfant. Un jour, cette routine, qui n’est pas pour déplaire à notre inspecteur, va se trouver bouleversée : Billy Greenfield, un prostitué dealer à l’occasion, est retrouvé assassiné au petit matin, gisant sur les pelouses fraîchement tondues d’une villa de rêve de Beverly Hills. Sur l’agenda de la victime, le nom d’une star d’Hollywood, coqueluche du moment : Jack Bell, qui serait ainsi la dernière personne à avoir vu Greenfield vivant. Entre le flic et la vedette de cinéma va naître une passion aussi fulgurante qu’elle sera destructrice.
Indubitablement, ce "pitch" a des relents de mauvais téléfilm, façon M6. Besson se mettrait-il donc à piétiner les plates-bandes de Danielle Steele ou de Barbara Cartland ? Que nenni. Pas plus celles de James Ellroy d’ailleurs. Cela, en revanche, on le regrette dans les premières pages du roman. Ne s’improvise pas maître de roman noir qui veut. Quand Ellroy dépeint un L.A. des plus interlopes, Besson, lui, point avare de clichés, nous sert une Californie de carte postale en technicolor. Il ne semble d'ailleurs pas plus à l’aise avec l’univers des commissariats. Les réparties de son inspecteur, à la "hard boiled", sonnent faux. Dans cette partie du roman, le rythme est volontairement haché, les phrases courtes, les paragraphes succincts. Tant qu’à la fin ça en devient horripilant. Et comme si cela ne suffisait pas, chaque paragraphe se clôt systématiquement sur une formule, plus poncif qu’aphorisme, du type : «On manque facilement de place dans les geôles de Californie. Et il se présente toujours des candidats plus sérieux. Je dirais même que ça se bouscule au portillon.» «Il espérait simplement que le relevé d’empreintes nous fournirait des indices précieux même si on se doutait que pas mal de mains s’étaient posées sur ce corps, sur ces vêtements. Les prostitués, par définition, ne manquent pas de fréquentations.» «Spontanément, je me suis demandé pourquoi le petit allait tapiner du côté d’Hollywood alors qu’il avait tout ce qui lui fallait là, juste en bas de chez lui. Il devait préférer s’envoyer en l’air, avec des gens de la haute et s’endormir dans de beaux draps.» «Les Irlandais de cinquante ans, après avoir été quelquefois sanguins dan leur jeunesse, sont souvent placides et confiants.»
On touche le fond au moment de la première entrevue entre le narrateur et Jack Bell : «J’ai enchaîné "sans me départir d’une ostensible neutralité" (l’expression favorite de McGill) : «En tout cas, vous me confirmez que vous n’aviez pas rendez-vous avec Billy Greenfield, avant-hier à sept heures du soir ?» Il a rétorqué "sans se départir" d’un flegme très travaillé : «Je vous le confirme.» J’ignorais si nous jouions au chat et à la souris mais ça m’en avait tout l’air.» «J’ai poursuivi : «Consommez-vous des stupéfiants ?» Il a répliqué : «Si je réponds oui, vous me bouclez ?» Et moi : «Non, promis, ça restera entre nous.» Il a avoué : «Alors la réponse est oui. Mais je ne me fournissais pas auprès de ce monsieur Greenfield.» J’ai précisé : «Je ne crois pas vous avoir indiqué qu’il en était fournisseur.»»
Besson est un auteur que je suis fidèlement chaque année depuis Son frère. Et pourtant, si je trouve estimable le besoin d’un auteur de se renouveler, de se refuser à écrire toujours le même livre, je n'ai pu m'empêcher de penser «Mais qu'est-il allé faire dans cette galère ?».
Et puis, tout d’un coup, au détour d'une phrase, le miracle Besson se produit. «Evidemment, tout commence à ce moment exact, le processus s’enclenche, celui que nous n’arrêterons pas mais comprenez que nous sommes dans l’ignorance de cet enclenchement, dans une parfaite innocence ; l’ingénuité. Nous ne savons pas que nous venons de mettre la main dans l’engrenage qui va nous dévorer.» Tout comme les deux protagonistes, le lecteur est alors pris dans le tourbillon de la passion. Besson redevient Besson, les descriptions et dialogues vaseux font place à l’introspection ; et Besson n’est jamais meilleur dans l’expression de l’indicible, dans la subtilité des sentiments et de la fugacité du temps. Oubliés les lieux communs des premières pages, désormais les mots font mouche, les sentiments sonnent juste, certains passages touchent au sublime. «Nous avons échangé quelques mots au cours du déjeuner, c’étaient des paroles ordinaires, des choses de presque rien, comme en disent les couples qui s’arrêtent sur les aires d’autoroute, le jour des départs en vacances. Sans doute y avait-il encore de l’embarras entre nous, et l’inconfort de ceux pour qui se profilent des instants décisifs, mais c’était aussi, déjà, les mots simples des amants réguliers.» «Et c’est cela que nous redoutions sans nous l’avouer. Le monde entre nous. A nouveau.»

Et bien sûr, comme dans ses autres romans, Besson y développe ses obsessions : le manque, l’absence et la souffrance qui en découle : «Nous n’avions pas fini de nous aimer. Non, pas fini de nous aimer. Tout nous a été retiré trop vite. Il nous restait tant à faire. Une vie entière, peut-être. Un amour total, pourquoi ça s’arrêterait ? J’essaie d’apprendre à vivre sans lui. Chaque jour, j’essaie. Je vous jure que j’essaie. Je n’y arrive pas.»

Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ?
Avec Un homme accidentel, Philippe Besson fait son coming-out littéraire en ce sens où pour la première fois, il ne se cache pas derrière un personnage féminin pour exprimer la passion entre deux êtres. Ici, on l’aura compris, la passion fulgurante balaye tout sur son passage. Du coup, l’énigme policière, sans surprise, passe rapidement au second plan. Les personnages secondaires sont relégués au rang de figurants : Laura, l’épouse bafouée, McGill, le collègue discret et compréhensif ou la mère du narrateur, effacée. Cette passion vorace donne à Besson l’occasion de publier sa première scène de sexe. Pas vraiment réussie, ni vraiment indispensable d’ailleurs.
Alors forcément, puisqu’il s’agit d’une relation improbable entre deux hommes fleurissent ici et là des comparaisons entre Un homme accidentel et Brokeback Mountain. Le raccourci est facile et un peu rapide. Bien sûr, il s’agit d’une rencontre, d’un coup de foudre improbable, entre deux hommes, emportés malgré eux par la fulgurance de leurs sentiments. Dans les deux cas, l’universalité du propos dépasse sans mal le cadre restreint des amours homosexuelles. Mais là où les deux personnages d’Annie Proulx choisissent de "rentrer dans le droit chemin", préférant donner le change à la société plutôt que de vivre ouvertement leur relation, les personnages de Philippe Besson, le narrateur principalement, décident de vivre le moment intensément, quitte à en payer le lourd tribut. A chaque fois qu'il a l’occasion de faire marche arrière, le narrateur préfère lâcher prise et s’abandonner à ses sentiments, même s’il pressent que cela va le conduire à sa perte. L’inéluctabilité d'une fin tragique amplifie le sentiment d’urgence qui se dégage du récit.

En fait, le seul défaut de cet Homme accidentel, ce sont ses 64 premières pages. Il faudrait les arracher. Alors, il serait excellent.

L'avis de
Flo.

Un homme accidentel, de Philippe Besson – Julliard - 252 pages

29 janvier 2008

Polars, café et cannelés au programme du jour

Hier, en rentrant du boulot, ma boîte aux lettres m’a réservé une jolie surprise : mon colis Swap Noir c’est Noir. Enfin, quand je dis ma boîte aux lettres, je devrais plutôt dire Betty qui était ma swappeuse. Ma surprise a été d’autant plus grande que, suite à des problèmes dans la commande des livres, je ne suis pas en avance dans la confection du colis pour ma/mon swappé(e). Eh bien, apparemment, Betty s’est bien mieux débrouillée que moi !

Troisième participation à un swap, je suis désormais rôdé. Pas question de brûler les étapes : photo à chaque étape du grand déballage !
Alors, voilà de quoi ça avait l'air (PS : les curieux peuvent cliquer sur les photos pour mieux voir ) :


Hop, hop, on arrache le papier kraft. Tadaaaaa ! Alors, elle est pas jolie cette boîte ? Betty a eu l’ingénieuse idée de l’habiller de couvertures de polars célèbres… et de la bannière Swap Noir c’est Noir.


Allez, on l’ouvre.


A l’intérieur, trois livres. Vu mon inculture en matière de polars, je n’avais pas de demande bien précise à formuler, laissant quasi carte blanche à ma généreuse swappeuse qui s’en est très bien tirée : Ténèbres, prenez-moi la main, de Dennis Lehane (un des rares auteurs contemporains de polars que j’aie lu et beaucoup apprécié), Visa pour Shanghai, de Qiu Xiaolong (dans lequel, m'a dit Betty, la cuisine joue un rôle important dans la résolution de l’affaire) et La culasse de l’enfer, de Tom Franklin (que Betty a choisi d’après l’alléchante 4e de couv’ et recommandé par Philip Roth qui compare son auteur à Faulkner, c’est dire. Thom, si tu passes par ici... ;)). Si je n’avais pas eu mes lectures pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche, je me serais jeté sur ce dernier pour commencer, tant il me fait saliver.


Puisque l’on en est à saliver, passons à la suite : comme je ne suis pas amateur de chocolat, Betty a judicieusement glissé quelques cannelés, spécialité pâtissière de Bordeaux, qui ne se trouve pas trop loin de là où habite Betty. Là encore, un sans faute : les cannelés sont l'une de mes pâtisseries préférées. La chair est faible, je n’ai pas résisté, j’y ai goûté illico : souples et parfumés. Hmmmmm, trop boooooooon ! Enfin, un paquet de café de Saint Domingue, «suave et corsé», à l’arôme prometteur.




Sans oublier les marque-pages, la plupart réalisés par Betty, ainsi que la jolie carte porteuse du message.



Bref, cette fois encore, le swap, c’est rien que du bonheur. Découvrir le colis de Betty au fur et à mesure de son déballage a été un réel plaisir. Il est évident qu'elle a porté beaucoup d'attention à la confection de ce colis et ça m'a vraiment touché.
Encore mille mercis Betty.
Merci également aux généreuses organisatrices,
Fashion et Stéphanie.

Maintenant, je dois mettre la dernière touche au colis que je réserve à mon/ma swappé(e), en espérant qu’il aura autant de plaisir que j’en ai eu à recevoir celui de Betty.

28 janvier 2008

«On s’est bien amusé malgré tout.»*

«Dans un sens, on peut dire que la fin de mon père fut mon commencement. Ou plus précisément, que la fin de son mensonge coïncida avec le commencement de ma vérité.»

Bruce Bechdel, 44 ans, de Beach Creek, est décédé de ses blessures après avoir été renversé par un semi-remorque sur la Route 150. Figure connue dans sa petite ville de Pennsylvanie, il avait repris l’entreprise de pompes funèbres familiale, activité qui complétait ses émoluments de professeur de littérature anglaise au collège. Il était marié à Helen avec qui il avait eu trois enfants, Alison, Christian et John. Tous vivaient dans un vieux manoir de la fin du XIXe siècle qu’il retapait à ses heures perdues. Une famille bien sous tout rapport brisée par le sort… du moins en apparence.
Car la vie de Bruce Bechdel n’est que façade. Ses airs de bon père de famille cachent un despote obsédé par la restauration méticuleuse de sa maison, qui ne s’intéresse à ses enfants que lorsqu’il a besoin de bras supplémentaires. Un homme qui ne laisse s’exprimer sa sensibilité et son raffinement que dans sa passion des livres, du jardinage et de la décoration de son intérieur.
«Je me mis à voir mon père comme moralement suspect bien avant de savoir qu’il cachait un sombre secret.» «Il utilisait son adresse non pour fabriquer des choses, mais pour que les choses paraissent ce qu’elles n’étaient pas. C’est-à-dire parfaites. (…) Il est tentant de suggérer, après coup, que notre famille était une imposture. Que notre maison n’était pas du tout un vrai foyer mais juste un simulacre, un musée. Pourtant nous étions une famille et nous vivions dans ce décor d’époque.»
Simulacre également, cet accident fatal. Alison, dix-neuf ans, en est persuadée : son père s’est suicidé. En outre, à cette occasion, Alison apprend de la bouche de sa mère la dissimulation suprême : son père entretenait des liaisons homosexuelles avec de jeunes hommes. Cette révélation trouble d’autant plus la jeune fille qu’elle avait annoncé peu de temps auparavant ses penchants lesbiens à sa famille. Désormais, pour elle, son père
«s’est tué parce que c’était un pédé honteux maniaco-dépressif qui ne supportait pas de vivre une seconde de plus dans cette petite ville bornée.»
Le titre à double sens de ce roman graphique est à l'image de son propos : il ne faut pas se fier aux apparences. Effectivement, il n’y a rien de drôle dans ce Fun(eral) Home. Alison Bechdel, dans une série de flash back, y analyse sa relation complexe avec son père. Chaque retour en arrière est l’occasion pour elle de creuser plus profond encore pour percer la personnalité de cet homme affectivement distant mais avec lequel elle se trouvait en parfaite harmonie dès qu’il s’agissait de littérature. Ce sont d’ailleurs sur des références littéraires à Camus, Joyce, Fitzgerald, Wilde ou Proust qu’elle s’appuie pour bâtir son récit. S’il n’est pas besoin de connaître toutes les œuvres auxquelles il est fait référence pour suivre le cours de la démonstration, c’est sûrement préférable si l’on veut en saisir toutes les subtilités et ne pas ressentir, comme moi, une certaine pesanteur.
Aux Etats-Unis, Fun home a été comparé au Maus d'Art Spiegelman et au Persepolis de Marjane Satrapi, deux autres récits autobiographiques célèbres. Si avec le second, Bechdel présente certaines similitudes au niveau du dessin (trait graphique, usage du noir et blanc, rehaussé de gris/bleu chez Bechdel), je n’ai pas retrouvé dans Fun Home l’universalité de Maus. Fun Home est avant tout un récit très (trop ?) personnel, analytique et cérébral qui manque cruellement de chaleur. Bechdel dit d’ailleurs qu’à la mort de son père, elle se plaisait à
«détecter chez l’autre le tressaillement du chagrin qui se dérobait à [elle].»
Autant de raisons qui font certainement que je suis resté très extérieur à cette histoire qui est pourtant intéressante pour sa peinture d’une société américaine des années 1960-70 en pleine mutation et son parallèle sur les parcours opposés vers l'homosexualité que vont emprunter Alison et son père.
« Prendre parti(e) est héroïque, et je n’ai rien d’un héros. Qu’est-ce qui en vaut réellement la peine ?
Il m’est quelquefois arrivé de penser que j’aurais préféré prendre position. Mais je n’ai jamais envisagé ça étant jeune. Je crois que je n’y ai vraiment pensé qu’après la trentaine. Regardons les choses en face, tout paraît différent passé cet âge. A 43ans, j’ai du mal à voir quels avantages j’en aurais tiré, même si j’avais fait mon choix quand j’étais jeune. »
Avec Fun Home, Alison Blechdel réhabilite ce père qui se révélera plus proche d’elle qu’elle ne le croyait, et lui exprime (trop tard) tout son
amour.

* extrait de la dédicace :
«Pour maman, Christian et John. On s'est bien amusé malgré tout»

Lorraine a plus aimé que moi.

Fun Home, une tragicomédie familiale, d'Alison Bechdel - Traduction : Lili Sztajn et Corinne Julve - Denoël Graphic - 236 pages